Publication de l’article : « Effets de facteurs induits par la pandémie de Covid-19 sur les caractéristiques d’un travail qui a du sens »

10 janvier 2024
Publication de l’article : « Effets de facteurs induits par la pandémie de Covid-19 sur les caractéristiques d’un travail qui a du sens »

Et si la pandémie avait, selon la manière dont elle a été vécue, à la fois renforcé et fragilisé le sens que l’on accorde à son travail ?

Cet article retrace une étude menée en 2023, co-signée avec Réginald Savard, Alexandre Brien, Pawel Zaniewski (chercheurs de l’Université du Québec à Montréal) et Jean-Luc Bernaud (chercheur au centre de recherche sur le travail et le Déceloppement au CNAM Paris). L’objectif était de comprendre comment la pandémie avait affecté, ou non, le sens au travail. Pour cela, un échantillon de 166 adultes francophones du Québec a été interrogé à l’aide d’un questionnaire évaluant le sens au travail, à deux moments : ce dont les personnes se souvenaient avant la pandémie, et ce qu’elles vivaient depuis. L’étude s’appuie sur le modèle d’Estelle Morin, qui décrit six caractéristiques d’un travail qui a du sens : l’utilité, l’autonomie, les occasions d’apprentissage, la rectitude morale des pratiques, la qualité de la relation avec le ou la supérieur·e, et la qualité de la relation avec les collègues.

Les résultats mettent en évidence trois grands enseignements.

Le télétravail total, vécu par obligation plutôt que par choix, a affecté négativement plusieurs dimensions du sens : le sentiment d’utilité, l’autonomie, les perspectives de développement et la qualité des relations entre collègues. L’isolement professionnel et la perte de visibilité sur les opportunités d’évolution expliquent en partie ce recul.

Le changement de situation professionnelle, lui, a eu un effet inverse. Les personnes ayant changé d’emploi ou de poste pendant cette période ont majoritairement observé une hausse du sens accordé à leur travail. Ces personnes partaient souvent d’un niveau de sens déjà bas avant la crise : la nouvelle situation répondait alors davantage à leurs attentes.

Enfin, percevoir la pandémie comme un événement marquant a fragilisé deux dimensions liées à l’environnement de travail : la confiance dans les pratiques organisationnelles et la relation avec la hiérarchie. Les règles changeantes, parfois contradictoires, mises en place pendant la crise ont pu créer un décalage entre les décisions des organisations et les convictions des personnes salariées.

Ces résultats rappellent que le sens au travail n’est pas un état stable : il fluctue en fonction des événements, des conditions de travail, et de la manière dont chaque personne interprète ce qu’elle traverse. Les organisations ont tout intérêt à en tenir compte, notamment pour penser l’accompagnement des transitions et l’organisation du travail hybride.

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