Publication de l’article « Expérience des personnes conseillères d’orientation et en employabilité durant la COVID-19 : exigences du travail perçues et ressources disponibles »

10 juin 2024
Publication de l’article « Expérience des personnes conseillères d’orientation et en employabilité durant la COVID-19 : exigences du travail perçues et ressources disponibles »

Comment celles et ceux dont le métier est d’accompagner les transitions professionnelles ont-ils vécu, dans leur propre travail, la traversée de la pandémie ?

Cet article retrace une étude menée en 2022, co-signée avec Alexandre Brien et Réginald Savard (chercheurs à l’Université du Québec à Montréal). L’objectif était de comprendre comment la pandémie a transformé le travail des personnes conseillères d’orientation (CO) et conseillères en employabilité (CE) au Québec. Pour cela, 23 professionnel·les ont participé à des groupes de discussion, organisés avec l’Association québécoise des professionnels du développement de carrière (AQPDDC). L’étude s’appuie sur le modèle Exigences-Ressources au Travail, qui distingue ce qui pèse sur l’activité (les exigences) et ce qui aide à y faire face (les ressources), et examine leurs effets sur le bien-être et la performance.

Les résultats s’organisent autour de trois grands constats.

Les exigences du travail ont augmenté. La charge de travail a varié de façon opposée selon les métiers : forte hausse de la demande pour les CO, baisse du volume pour les CE, mais avec une clientèle plus éloignée de l’emploi et porteuse de difficultés plus lourdes. À cela se sont ajoutées une charge mentale accrue, liée à l’adaptation constante des pratiques au suivi à distance, et une charge émotionnelle plus intense, face à la détresse, parfois à l’hostilité, des personnes accompagnées.

Les ressources, elles, ont évolué dans deux directions. Les relations avec les collègues se sont appauvries : les échanges informels, qui constituaient aussi une ressource d’apprentissage, ont largement disparu avec le travail à distance. Le sens du travail, de son côté, a connu des effets contradictoires. Beaucoup de professionnel·les ont éprouvé un sentiment d’utilité renforcé, conscientes d’avoir un rôle précieux dans une période difficile. D’autres se sont interrogées sur la finalité même de leur travail, dans des conditions devenues plus contraignantes.

Les conséquences se lisent enfin sur le bien-être et la performance. Le travail à distance a amélioré l’équilibre de vie pour certaines personnes (fin des trajets, meilleure gestion du temps) et l’a dégradé pour d’autres (frontière floue entre vie personnelle et professionnelle, épuisement). En parallèle, il a souvent apporté davantage d’autonomie dans l’organisation du travail, une efficacité accrue et une plus grande liberté pour expérimenter de nouvelles manières de faire.

Ces résultats rappellent que le bien-être au travail repose sur un équilibre fragile entre ce qui est demandé aux personnes et les ressources mises à leur disposition. En période de crise, cet équilibre se déplace, et l’étude formule plusieurs repères pour le préserver : un droit à la déconnexion, des objectifs de travail clairs et adaptés au contexte, et surtout un soutien social maintenu au sein des équipes.

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