« Nos collectivités s’engagent dans des projets de transformation où la coopération entre services, entre métiers, entre échelons est devenue une condition de réussite. Comment, concrètement, créer cette dynamique coopérative ? Qu’est-ce qui la favorise, qu’est-ce qui la bloque ? Nous voulions entendre un retour d’expérience nourri par la recherche pour éclairer nos propres projets. »
Réuni·es en congrès annuel à Brest, les administratrices et administrateurs territoriaux ont souhaité ouvrir un temps de réflexion sur deux notions au cœur de leurs projets de réorganisation : la collaboration et la coopération. Deux mots souvent employés indifféremment, alors qu’ils renvoient à des cultures organisationnelles distinctes et à des leviers d’action bien différents.
Comment dépasser une coordination strictement hiérarchique pour faire émerger de véritables dynamiques coopératives ? Quelles conditions réunir pour qu’un projet de réorganisation produise les effets attendus, et non une simple redistribution des tâches ?
Une intervention conçue comme un retour d’expérience
La conférence « Favoriser la coopération dans le travail : retour sur différentes expérimentations » a été conçue à partir d’une recherche-action menée pendant six mois (de septembre 2017 à mars 2018) dans une grande structure canadienne du secteur bancaire (plus de 20 000 salarié·es), engagée dans un ambitieux projet de transformation digitale et de réorganisation du travail. L’objectif n’était pas de présenter un modèle prêt à reproduire, mais de partager ce que cette expérimentation a permis de comprendre des conditions, des freins et des leviers de la coopération en contexte de changement, et de mettre ces enseignements en dialogue avec les projets des participant·es.
Une grille de lecture issue de la recherche
Le propos s’est appuyé sur une distinction conceptuelle structurante entre coordination, collaboration et coopération : la coordination ordonne les comportements selon les meilleures pratiques connues, la collaboration suppose un engagement mutuel autour d’un problème commun, et la coopération introduit une autonomie des participant·es qui cherchent ensemble à produire de la valeur ajoutée. Cette grille a permis aux administratrices et administrateurs de qualifier précisément les attendus de leurs propres projets : sait-on toujours, au moment de lancer une réorganisation, si l’on vise une coordination optimisée, une collaboration enrichie ou une véritable culture coopérative ?
La conférence a également mobilisé les six catégories de facteurs de succès ainsi qu’un indice de collaboration et coopération construit à partir d’un questionnaire d’auto-observation quotidienne sur cinq dimensions du travail. Autant d’outils que les participant·es peuvent réinvestir dans leurs propres collectivités pour objectiver une réalité souvent ressentie sans être nommée.
Les étapes de l’intervention
Cette intervention s’est déroulée de la manière suivante :
Cadrer : préparer la conférence avec l’AATF pour ancrer le retour d’expérience canadien dans les enjeux concrets des collectivités françaises, en particulier les projets de réorganisation portés par les administratrices et administrateurs territoriaux.
Éclairer : présenter la grille conceptuelle (coordination, collaboration, coopération) et les apports de la recherche-action menée dans le secteur bancaire, en explicitant la méthode (indice de coopération, questionnaire d’auto-observation) et les principaux résultats.
Mettre en perspective : analyser les freins observés (configurations organisationnelles en contradiction avec la culture coopérative, illusion d’un renouvellement radical, difficulté à accepter l’incertitude) et les facteurs facilitants, dont le rôle clé du management dans l’incarnation du changement.
Dialoguer : ouvrir un temps d’échange avec la salle pour confronter ces enseignements aux projets en cours dans les collectivités présentes, identifier les points de convergence et faire émerger collectivement des pistes d’action concrètes.
Pourquoi l’approche recherche-conseil était pertinente
Les projets de réorganisation du travail dans les collectivités territoriales se heurtent souvent à un écart entre l’intention affichée (favoriser la transversalité, l’innovation, l’agilité) et la réalité observée (redistribution des tâches sans transformation des modes de coopération). L’apport de la recherche permet de poser un diagnostic plus juste : nommer précisément la culture organisationnelle visée, distinguer ce qui relève de l’outil technologique et ce qui relève des pratiques managériales, et identifier les paliers nécessaires (de la coordination à la collaboration, puis de la collaboration à la coopération).
En partageant un retour d’expérience documenté plutôt qu’un modèle théorique, l’intervention a permis aux administratrices et administrateurs présent·es de repartir avec une grille de lecture transférable à leurs propres contextes, et avec la conviction qu’une culture coopérative ne se décrète pas mais s’installe progressivement, par paliers et par l’exemple.