« Comment accompagner nos enseignantes et enseignants à aborder autrement leurs dix dernières années de carrière, dans un contexte de mutation du métier qui rend ce dernier chapitre parfois plus difficile à vivre ? »
Formiris est l’organisme de formation des enseignantes et enseignants de l’enseignement catholique. Sa délégation Pays de la Loire a souhaité mettre en place un dispositif d’accompagnement collectif pour répondre à un constat partagé par les chef·fes d’établissement et les responsables de formation : dans un contexte de forte mutation du métier (évolution des programmes, transformation du rapport aux élèves et aux familles, alourdissement de la charge administrative), la fin de carrière des enseignant·es n’est pas toujours synonyme de sérénité. L’appréhension, les interrogations et les doutes prennent le pas sur un quotidien jugé de plus en plus exigeant, et les ajustements nécessaires à l’évolution du métier semblent parfois insurmontables.
L’enjeu était donc de proposer à ces enseignantes et enseignants un espace pour relire leur parcours, identifier ce qui fait sens pour elles et eux, et se projeter activement sur la dernière décennie de leur vie professionnelle, plutôt que de la subir.
Une approche par le sens au travail et la relecture de parcours
La formation « Point carrière » a été conçue sur trois jours, étalés sur six mois, pour accompagner les enseignant·es dans une véritable mise en projet de leur fin de carrière. Le format alterne temps individuels d’introspection et temps collectifs (présentations croisées, débriefings, ateliers en sous-groupes), afin que chacun et chacune puisse à la fois se centrer sur sa trajectoire singulière et bénéficier du regard et de l’expérience du collectif.
L’intervalle de six mois entre la deuxième et la troisième journée est constitutif de la démarche : il permet aux participant·es d’expérimenter sur le terrain de nouvelles manières d’habiter leur métier, avant de revenir en formation pour analyser ces tentatives et consolider leur projet professionnel pour la dernière décennie.
Une grille de lecture issue de la recherche sur le sens au travail
Le contenu s’appuie sur une grille de lecture issue des travaux de référence sur le sens au travail. À cette grille s’ajoutent des outils pratiques et un cadre d’expérimentation issu de la recherche sur le job crafting qui invite chacun et chacune à devenir l’artisan ou l’artisane de son propre plaisir au travail.
Les étapes de l’intervention
L’intervention s’est déroulée en quatre temps articulés autour de la temporalité longue propre à ce dispositif :
Cadrer : co-construire avec Formiris Pays de la Loire le contenu et le format du dispositif, à partir des besoins identifiés sur le terrain et de la charte d’éthique commune (implication, concentration, bienveillance, confidentialité), garante d’un cadre sécurisant pour les participant·es.
Relire : accompagner les enseignant·es dans la relecture de leur parcours et de leur rapport au métier (ligne de vie, identification des finalités, valeurs, réalisations et empêchements, expérience du et au travail), pour faire émerger les lignes de force et les points de tension de leur trajectoire.
Éclairer : proposer aux participant·es les grilles de lecture issues de la recherche sur le sens au travail, et les mettre en application sur leur propre situation pour identifier les composantes qui font sens et celles qui font perdre du sens, et ouvrir des perspectives nouvelles.
Expérimenter et consolider : après six mois d’expérimentation sur le terrain entre la deuxième et la troisième journée, revenir collectivement sur les essais menés, analyser leurs effets et consolider, à l’aide du job crafting et d’un vision board, un projet professionnel pour la dernière décennie.
Pourquoi l’approche recherche-conseil était pertinente
Face à un malaise de fin de carrière souvent diffus, il aurait été tentant de répondre par des conseils pratiques sur la préparation administrative à la cessation d’activité, ou par des dispositifs de bien-être ponctuels. L’apport de la recherche a permis de poser un diagnostic plus juste : distinguer ce qui relève de l’environnement de travail de ce qui relève de l’activité enseignante elle-même, et relier les difficultés ressenties à des composantes précises du sens. Les enseignant·es repartent ainsi avec une compréhension partagée de ce qui leur arrive et des leviers d’action concrets, plutôt qu’avec des recettes génériques.
L’articulation entre temps individuels et temps collectifs, ainsi que la temporalité longue du dispositif (trois jours sur six mois), permettent à chaque participant·e d’agir en acteur ou actrice responsable de son projet, et non en simple bénéficiaire d’un conseil. Le collectif joue un rôle moteur : les présentations croisées et les ateliers en sous-groupes font émerger des solutions auxquelles personne n’aurait pensé seul·e, et restaurent un sentiment d’appartenance professionnelle souvent fragilisé en fin de carrière.