Du laboratoire au monde de l’entreprise : accompagner les docteur·es en sciences humaines
« Comment mieux préparer les doctorant·es en lettres et sciences humaines à intégrer le marché du travail non académique ? »
La grande majorité des diplomé·es de doctorat s’orientent aujourd’hui vers des carrières en dehors de l’université. Pourtant, un fossé persiste : les entreprises méconnaissent le profil des docteur·es en sciences humaines, et ces dernier·es peinent à identifier et valoriser leurs compétences transversales. L’AUF et le CRDI (centre de recherches pour le développement international) ont souhaité comprendre cette réalité pour y répondre concrètement, dans deux contextes distincts : le Canada et le Liban. Les questions au cœur de ce projet étaient les suivantes :
Comment les entreprises perçoivent-elles les doctorant·es en lettres et sciences humaines ? Quelles compétences transversales les docteur·es ont-ils et elles développées et comment les valoriser auprès des employeurs et employeuses ? Comment former les doctorant·es à l’insertion professionnelle non académique dans deux contextes culturels différents ?
Jean-Claude Coallier, professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, responsable scientifique du projet :
« Nous avions une problématique bien connue des universités québécoises : les doctorant·es en sciences humaines n’intègrent plus massivement le corps professoral, mais ils et elles ne savent pas toujours comment présenter leur profil au monde de l’entreprise. Notre besoin était double : d’abord comprendre précisément ce que les employeurs et employeuses pensent vraiment de ces profils, puis traduire ces résultats en une formation concrète et utile pour les doctorant·es, au Canada comme au Liban. »
Identifier ce que les entreprises pensent vraiment des docteur·es
Le point de départ de la mission a été une revue de littérature systématique permettant de dresser un état des lieux chiffré et qualitatif de la situation de l’emploi des docteur·es au Québec, au Canada et en comparaison internationale. Cette phase de recherche documentaire, menée en collaboration étroite avec le Pr Coallier, a nourri l’ensemble des étapes suivantes du projet.
Les résultats étaient clairs : si les entreprises qui ont déjà travaillé avec des docteur·es en sont généralement satisfaites, celles qui ne les connaissent pas entretiennent des préjugés tenaces. Elles craignent d’avoir affaire à des personnes trop critiques, peu opérationnelles, ou dont le niveau de qualification exigerait des conditions de travail disproportionnées. De leur côté, les doctorant·es peinent à nommer et à mettre en valeur des compétences pourtant bien réelles : gestion de projet, rigueur analytique, capacité à vulgariser, autonomie, persevérance.
Aller au-delà de la littérature : écouter les entreprises directement
Pour ancrer le projet dans les réalités du terrain québécois, nous avons conçu un protocole d’entretien et conduit des entretiens auprès de dirigeants et dirigeantes ainsi que de responsables des ressources humaines d’entreprises québécoises de tailles variées (PME et grandes organisations). Ces entreprises avaient en commun d’exercer des activités compatibles avec l’embauche de diplomé·es en lettres et sciences humaines, et certaines d’entre elles avaient déjà accueilli au moins un·e stagiaire doctoral·e.
Le constat le plus frappant : même l’expérience positive d’un stage doctoral ne suffisait pas à convaincre ces entreprises de privilégier l’embauche de docteur·es. Cela contredirait une idée reçue bien ancrée dans la littérature. Les résultats de ces entretiens ont alimenté un plan de communication en sept étapes, remis à l’AUF et approuvé par le CRDI.
Traduire la recherche en formation sur mesure
L’ensemble des résultats de la recherche a servi de matériau de base pour concevoir une formation sur mesure à destination des doctorant·es en lettres et sciences humaines. La formation a été animée dans deux contextes distincts :
La formation abordait notamment : la connaissance du marché du travail non académique, l’identification et la formulation des compétences transversales, et les stratégies de valorisation du profil doctoral auprès des recruteurs et recruteuses. L’enjeu pédagogique était de permettre aux participant·es de changer de regard sur leur propre parcours, de passer d’une identité de « chercheur·euse académique » à celle de professionnel·le hautement qualifié·e, capable de s’intégrer dans de nombreux contextes.
Pourquoi une expertise en recherche-conseil était pertinente pour cette mission
Cette mission illustre bien la valeur ajoutée d’une approche qui articule recherche documentaire rigoureuse, écoute du terrain et ingénierie pédagogique. La capacité à lire la littérature scientifique, à en tirer des enseignements opérationnels, puis à les traduire en contenus de formation accessibles à des publics non spécialistes est au cœur de ce type de projet. Dans un sujet aussi chargé émotionnellement pour les participant·es, leur avenir professionnel, la posture d’accompagnement était tout aussi importante que le contenu. Cette combinaison a permis de délivrer une formation à la fois ancrée dans la réalité des entreprises et profondément utile pour des doctorant·es souvent isolé·es face à la question de leur insertion professionnelle.
Retour d’expérience de la part de Jean Claude Coallier, professeur titulaire à l’Université de Sherbrooke, responsable scientifique du projet
« Pour réaliser une telle mission collaborative Québec-Liban, sollicitant une compréhension fine de maints enjeux interculturels, professionnels et personnels, il fallait non seulement mettre en œuvre une expertise rigoureuse, mais également une habileté à créer des liens authentiques et de confiance avec les doctorants libanais pour qui ce projet de formation était porteur d’espoir. Sans grand étonnement, l’ensemble des parties prenantes a salué comme un véritable succès le travail accompli par Mme Chevallier ».